ANDRIAT Frank - Tabou

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INFORMATIONS

Titre : Tabou
Auteur : Frank Andriat
Type : Roman
Genre : Vie quotidienne
Éditeur : Mijade
Nombre de tomes : 1, terminé
Rating : K+
Nature du slash : Réflexions sur l'homosexualité et son acceptation dans la société, vues à travers trois personnages très différents

RÉSUMÉ

Loïc est mort. Loïc s'est suicidé parce qu'il n'acceptait pas son homosexualité. Dans sa classe, c'est la consternation. Personne ne se doutait de rien. Sauf Philippe à qui Loïc a parlé quelques jours avant de se pendre, à qui Loïc a fait promettre de ne pas dévoiler son secret.
Tabou. Il y a des sujets qu'on hésite à aborder. Parce que c'est plus facile. Plus lâche aussi, mais ça, on préfère l'oublier. Tabou. Quand on est différent, c'est difficile, mais c'est aussi tellement riche. Loïc s'est tu et il est mort. Aurait-il pu tendre la main vers les autres, aurait-il pu apprendre à s'aimer ? Ses amis, stupéfiés par ce geste, s'interrogent.

AVIS

Je suis déçue. Ce roman n'a pas su m'émouvoir comme il tente visiblement de le faire. En cause : son manque de réalisme et d'équilibre dans le traitement du sujet principal. Son côté exagéré, son pathos qui font qu'on finit par ne plus y croire.
Le roman s'articule autour de trois personnages qui ont des points de vue très différents sur l'homosexualité. Le suicide de Loïc est bien entendu l'événement, le tremblement de terre, qui va déclencher la tempête dans leurs pensées durant les jours qui suivent.
On commence par Réginald. Réginald, qui considère que l'homosexualité est une maladie, que les homosexuels sont des anormaux. L'homosexualité, il ne peut l'accepter, ça le dégoûte. Il est déçu et troublé quand il découvre que Loïc était homosexuel, et quand Philippe, son meilleur ami de toujours, lui avoue en être aussi, il s'en éloigne. Réginald est un personnage qu'on a envie de baffer tout du long tellement son point de vue est intolérant, déformé et extrême. Quand on voit la position plus modérée de sa mère, on a peine à comprendre où ce garçon a pu acquérir une telle homophobie.
Puis, on passe à Philippe. C'est la partie que j'ai trouvé la plus intérssante, essentiellement en raison du style littéraire : les deux autres parties sont écrites à la première personne avec des phrases relativement simples et courtes, en un style que j'ai trouvé plutôt déplaisant pour ma part. Avec Philippe, les phrases sont toujours simples et courtes mais c'est écrit à la deuxième personne ("tu"), ce qui donne de la personnalité et du style. Perso j'ai bien aimé.
Philippe est homosexuel et seul Loïc l'avait deviné. Comme lui-même ne sait pas encore très bien comment se situer sur ce plan-là, il n'a pas vraiment su aider Loïc et il s'en sent coupable. Mais au final, l'intrigue va plutôt se pencher non sur le lien entre Loïc et Philippe, mais plutôt sur l'acceptation de son homosexualité par ce dernier, qui en cela va être aidé par Elsa et son oncle, un homosexuel d'âge mûr qui a appris à l'assumer.
La troisième partie est réservée à Elsa. Elsa est décrite comme jolie et ayant du succès avec les garçons, et à plusieurs reprises le texte laisse entendre qu'elle aurait déjà flirté avec plus d'un, mais en fin de compte on ne le ressent pas vraiment dans sa personnalité. Ce qui va surtout ressortir d'elle, c'est sa tolérance envers l'homosexualité, sa façon d'affirmer haut et fort que c'est une normalité, son soutien et sa patience envers Philippe. Pour cette dernière raison, c'est un personnage assez attachant. Pour sinon, je dois avouer que j'ai eu de la peine à lire sa partie. La raison : même si je suis parfaitement en accord avec ses idées, c'est tellement asséné comme une leçon de morale que c'est horripilant à force. 40 pages de leçon de morale, on a beau être d'accord, on finit par se dire que c'est bon, on a compris.
Je n'ai pas aimé lire ce livre parce que le texte n'est pas super bien écrit, mais aussi et surtout à cause du côté caricaturé des personnages, dont les réactions sont souvent trop extrêmes et manquent de nuances, et parce que les situations dans lesquelles ils sont mis en scène ne sont pas très réalistes. Les dialogues manquent de naturel, ils semblent souvent sortis d'un passage-clef pseudo-émouvant dans un navet cinématographique, avec pas mal de péplum, limite on entend la musique derrière. Enfin, la vision de l'homosexualité m'a paru simpliste et un brin arriérée. Certes, l'homosexualité a encore de la peine à être reconnue dans trop de milieux et c'est un sujet encore très actuel, mais là les clichés sont tellement présents et tellements extrêmes que je n'ai pas réussi à trouver un semblant d'authenticité.
Alors certes, c'est un livre pour la jeunesse, mais ce n'est pas une excuse. "Jeunesse" ne veut pas dire "mauvais", et on peut trouver de très bons livres jeunesse beaucoup plus équilibrés, je citerais par exemple Étrangère au Paradis de Gudule, ou encore l'excellent La face cachée de Luna de Julie Anne Peters, qui aborde de transexualité, un sujet encore plus délicat s'il en est et qui le fait de manière admirable (mais qui s'adresse à un public de quelques années de plus). Tabou n'est pas ce que j'ai lu de mieux dans ce sujet pour la jeunesse.

Date de dernière mise à jour : 15/12/2012

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