Original - Un petit matin

 Série : Fic originale

Auteur : himitsu

Warning : T.

Note : Cette nouvelle est en réponse à une demande de participation à un recueil de nouvelles ayant pour thème l'ange. Il s'agit ici de la nouvelle à caractère urbain/industriel mais je suis pas très douée pour cette ambiance. Avenir celle à caractère nature qui sera un Hors Série de "5ème Gauche" avec Maël, Franck, Nadia et des personnages que vous ne connaissez pas. Musique de fond : Sweet's Song, BO Buffy Contre les Vampires (musique du diable dans l'épisode comédie musicale). Si vous voulez me donner vos impressions, vous pouvez m'écrire à l'adresse figurant dans mon profil.

Résumé : Vous êtes-vous déjà réveillé avec l'impression de plus asvoir où vous habitez, si vous avez un job, un enfant, un amant... Lui si et il a une rude journée devant lui !


Un petit matin


-Paaaaapaaaaa !...
J'ai la tête pleine d'eau, trop lourde à lever… Le tissu de l'oreiller est doux mais plissé sous ma joue. Je sens les marques imprimées sur ma peau.
-Papa, il est déjà 7h, lève-toi ou tu vas encore être en retard.
On a parlé pas loin, le gosse des voisins ? Non, il y a comme un problème, la voix a sonné trop près. Des pas foulent l'entrée de ma chambre, j'ai le temps de me retourner avant que le petit garçon n'arrive devant le lit dans lequel je suis étalé.
-Qui ?
-Allez, dépêche-toi, tu dois me déposer à l'école. J'ai fait chauffer l'eau et le petit dej' nous attend.
-Quoi ?
-Tu es réveillé, j'ai accompli ma mission, je peux y aller maintenant ?
-Hein ?
-Papa ?
-Qui ?
-Toi… Tu as lu jusqu'à quelle heure cette nuit ?
-Pas tes oignons, sors que je m'habille. On est quel jour ?
-Jeudi.
-De quelle année ?
Mon supposé fils qui allait passer le pas de la porte se retourne lentement et penche légèrement la tête d'un côté en fronçant les sourcils.
-Tu vas bien ?
Marmonnant une réponse vague, je l'expédie manger. J'ai l'habitude des réveils difficiles, mais je ne m'étais encore jamais réveillé avec un fils dont j'ignorais l'existence.

Mes mains tremblent sur le volant de la voiture que j'avais jugé trentenaire au premier coup d'œil. Je sais conduire mais pas moyen de me rappeler de quand date mon permis. Impossible de m'extraire de cette impression de mauvais rêve ni de comprendre pourquoi je joue le jeu. Pas moyen non plus de passer les vitesses sans un raclement humiliant...
-Pose-moi là, je finis à pied.
Arrêt 30 mètres avant l'école, classique, je l'ai fait avant lui. J'arrête mon «tas de boue» en double file sur une petite place attenante à l'école. Je jette un coup d'œil dans le rétroviseur et là c'est le choc. Je suis toujours moi mais je dois avoir dix ans de plus que ce que je m'attendais à voir. Quel âge j'ai au juste ? Je n'arrive pas à paniquer. Tout est pris dans un brouillard étrange, je sais plus ou moins ce qui se trouve autour de moi sans pouvoir dire comment.
Un baiser sur ma joue puis la portière claquent, l'un après l'autre. Je m'apprête à redémarrer quand quelqu'un se pose sur le siège passager. Cette fois c'est un homme qui me regarde avec suspicion.
-C'est moi ou tu as l'air encore plus paumé que d'habitude ?
-Mmmh…
-C'est le « mmmh » oui ou le « mmmh » non ?
-Neutre.
-Bonjour quand même.
Alors que je m'apprête à répondre, une main se pose sur ma nuque et il me roule le meilleur patin dont je me souvienne. Le temps de réaliser que je suis en train de me faire embrasser par un homme, il me relâche et me regarde avec un petit air satisfait. Dieux tout puissants, depuis quand ai-je viré de bord ? Les sensations étourdissantes qui tournent encore en moi m'empêchent de réfléchir, et encore plus de m'indigner. Ce n'est pas normal, je devrais au moins être capable de lui envoyer mon poing dans la figure… N'importe quoi plutôt que cette envie de recommencer.
-Tu comptes démarrer un jour ou on téléphone à un garagiste ? Ce serait plus simple de contacter la fourrière pour qu'elle récupère ton épave remarques.
-Et si tu prenais le volant ?
Bien, il obéit sans ronchonner et en plus il laisse échapper des informations. Sur le trajet j'essaie de mémoriser au mieux le chemin, mais tout semble déjà présent dans ma mémoire. Tout sauf ce qui m'aurait intéressé : les souvenirs de cette décennie effacée. La route devient plus large et le flot nous dépasse sans mal. Les immeubles sont remplacés par des usines, cubes, pyramides, cylindres et crayons pointant vers le ciel leurs fumerolles plus ou moins claires aux parfums doucereux.
-Faut vraiment que tu lises moins, tu donnes le mauvais exemple à Nils. Imagine qu'il devienne comme toi plus tard !
La menace me fait éclater de rire. Nous entrons dans un bâtiment qui ressemble à un gros bloc de béton d'un seul tenant, les grillages qui l'entourent dissuaderaient quiconque doté d'un minimum de jugeote de s'en approcher.
-Bon, allez, on se dit à 10 heures ?
Il part d'un côté, moi de l'autre. Mais qu'est-ce que je peux bien foutre ici ? Au bout du couloir je trouve des casiers, dont le mien. Une blouse blanche à l'intérieur me livre un petit carnet rempli de notes techniques.
Je gagne mon poste et je passe la journée à me demander quand quelqu'un va s'apercevoir que je ne sais même pas ce que je suis en train de faire. La pause promise est prise sur le pouce, moins je verrai ce gars moins je risquerai de gaffer. Je ne sais absolument pas pourquoi mais révéler mon amnésie est hors de question.
-Wah dis, t'es en forme aujourd'hui !
Il vient de franchir la porte de la salle où j'ai passé le plus clair de mon temps à agir comme un automate. Je lève les yeux de l'impressionnante pile de documents qui s'entassent devant moi.
-Ca faisait longtemps que je voulais expédier ça.
-Tu n'as pas oublié notre marché ?
-J'émets un « mmh » méfiant.
-Tu me sers de chauffeur, je te sers de réveil… entre autre chose. Il sera 15h50 au troisième top, et Nils sort de l'école comme d'habitude dans 40 minutes… top, top, top !

Dans le salon, Nicolas et Nils parlent jeux vidéo. Étonnant comme les deux amours de ma vie ont des prénoms semblables. Le nez sur mon écran d'ordinateur, je cherche depuis deux heures déjà des informations sur l'amnésie.
-Allez, ouvre-toi !
La page internet ne semble pas s'émouvoir de mon impatience et continue à me narguer.
-Tu as oublié de dire « Sésame »...
Perché sur le cadre de l'écran, un petit oiseau blanc me regarde un instant avant de se transformer en une jeune femme de vingt centimètres de hauteur, deux ailes duveteuses dépassant de son dos. Certes la journée a été riche en surprises, mais celle là n'est pas la moindre. Un début de mal de crâne semble poindre et la lassitude le suit de près. Je me résigne :
-Bien, alors ? Qu'est-ce que tu veux ?
-T'aider.
-Comme ça ? Gratuitement ?
-Tu as déjà payé.
-Ah bon ?
-N'y a-t-il rien qui te manque ?
-A part... tout ?
-Précisément.
-D'accord, je t'écoute.
-Ce soir, accompagne-les. Ils ne doivent pas sortir seuls.
Elle a à peine le temps de finir sa phrase qu'un énorme rapace tout aussi blanc entre par la fenêtre et disparaît à sa poursuite dans une bourrasque. Je ramasse les papiers qui se sont envolés tout en me demandant si je ne me suis pas endormi quelques instants sur mon clavier. Nicolas m'appelle depuis le salon.
-Clément, tu viens ? On va promener le chien.
Un frisson parcourt mes épaules. Ne pas les laisser seuls ! Je sors en trombe de la chambre pour les trouver en train d'attacher la laisse de Wifi, le chien de Nicolas.
-Le chien sans fil en laisse, me présente-t-il.
-Ton chien ne ressemble à rien, vraiment.
C'est bien de Nicolas de sortir ce genre de blague d'initié. Nils éclate de rire et dévale les escaliers, l'ascenseur étant encore en panne. Dehors la rue est calme, les immeubles bien que gris et plus tout jeune, semblent chaleureux dans la lumière du soleil qui se couche, émergeant entre les nuages et l'horizon incertain. Une nuée d'oiseaux nous survole, tâches grises sombres sur le ciel lourd et légèrement violacé. Le bruit de nos pas sur le trottoir crevassé et le halètement de Wifi qui tire sur sa laisse se réfléchissent sur les parois de la rue étroite qui mène au parc en une pente abrupte. Un nouveau bruissement d'ailes me fait tourner la tête vers le haut de la rue et je ne comprends tout d'abord pas ce que je vois. Une masse énorme nous fonce dessus.
J'ai tout juste le temps d'attraper Nils en poussant Nicolas que la petite balayeuse qui était garée en amont nous frôle et s'écrase contre une des voitures garées plus bas sur le trottoir. Ce même trottoir que nous arpentions quelques secondes auparavant. Dans une explosion étourdissante, les deux véhicules prennent feu et des débris volent de toute part. Nicolas se dégage de ma prise et nous entraîne plus loin.
Je reste hébété jusqu'à l'arrivée des secours, je sais au fond de moi qui cet accident aurait dû tuer. La main chaude et apaisante de Nicolas lisse mes cheveux et ceux de Nils qui sanglote, légèrement sous le choc. Je tends la main pour essuyer ses larmes et ses yeux sombres s'accrochent à moi sans pouvoir se détourner.
-Tout va bien, maintenant. N'ai pas peur, on est ensemble.
Nicolas appuie un mouchoir sur une coupure à mon front que je n'avais pas remarqué.
-J'aimerais vraiment savoir comment tu as su que ce truc nous arrivait dessus, je n'ai strictement rien entendu.
Je hausse les épaules.
-Un petit oiseau m'a averti.

-Non non non, pas moyen, vous ne vous approchez pas de moi avec cette aiguille, mettez des strips et ça ira très bien !
-Mais Clément, tu vas avoir une cicatrice très moche si on ne recoud pas ça !
-Ca me donnera l'air dangereux...
Je fais signe à la blouse blanche que ce n'est même pas la peine d'y penser. Déçue elle repart s'occuper de Nicolas et Nils après m'avoir mis un énorme pansement autour de la tête.
-C'est de la pure vengeance moi je te dis, elle avait pas besoin de me faire une tête d'œuf de Pâques pour une petite entaille.
-Tu n'as pas perdu cette habitude de grommeler tout seul ?
Je fais un bond et manque tomber de ma chaise en entendant la voix flûtée contre mon oreille. La petite emplumée est posée sur mon épaule mais personne ne semble la voir. Après tout, les chocs à la tête ce n'est jamais bon pour le contenu.
-Mais qui es-tu à la fin ?
Elle a un sourire mystérieux et triste.
-C'est dommage mais c'est peut-être mieux comme ça. Je voulais juste vérifier que tout allait bien. Elle soupira discrètement. Nils a tellement grandi... vous me manquez.
Je la regarde attentivement, elle a un air familier, mais pas comme si je m'en souvenais. Les yeux sombres semblent se moquer de moi et acquiescent.
-Quand est-ce que tu...
-Peu après la naissance de Nils. Tu as rencontré Nicolas il y a cinq ans mais ça fait seulement deux ans que vous vivez plus ou moins ensemble.
-Et il est...
-La seule personne que tu as aimée depuis moi. Ne t'en fais pas, tout va bien aller maintenant. Prends bien soin d'eux. Il faut que j'y aille, je n'ai pas vraiment le droit d'être ici. Mes chefs vont me plumer si je traîne.
Un baiser léger effleure le coin de mes lèvres et elle disparaît en laissant flotter une petite phrase qui se glisse dans mon oreille.
-Embrasse-les pour moi.
Je souris et rejoins ma petite famille en train de cajoler Wifi. Je serre fort Nils dans mes bras et l'embrasse sur le front avant d'étreindre et d'embrasser comme il se doit Nicolas.
-De la part de Suzanne.
Une nouvelle force m'habite, c'est une autre vie qui commence, une multitude de souvenirs à créer.

 

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