Original - Le loup et le corbeau

Série : Fic originale

Auteur : himitsu

Warning : M (lemon)

Résumé : Ils avaient été séparés par accident, mais voici enfin le jour où Munnin rendit la mémoire à Freke.


Le loup et le corbeau 


Son adversaire allait abattre son épée meurtrière de toutes ses forces quand quelque chose le troubla. Une ombre bruissante passa devant le soleil et une pluie d'étincelles rougeoyantes leur tomba dessus. Freke profita du mouvement de surprise du guerrier pour lui porter un coup d'épée. Il s'évanouit juste après avoir reçu le plat de la hache qui visait originellement le défaut de son casque.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, le paysage alentours aurait pu être l'enfer. Le champ de bataille était jonché de corps, des membres épars dépassaient ici ou là comme s'ils avaient étés figés par un maléfice. Dans le crépuscule, une légère brume montait des corps que la vie avait abandonnés. Freke ne put contrôler la nausée qui le prit. Dans le silence total de la vallée, le moindre de ses souffles semblait une offense. Il se sentait souillé, perdu, damné. Où était donc cette exaltation que ses aînés lui avaient prédite ?

Il rassembla le peu de forces qui lui restait pour s'extirper du corps inerte qui pesait sur lui. Le barbare sembla le fixer droit dans les yeux, un air étonné imprimait encore ses traits. Comme lui il était jeune, rien ne le différenciait des hommes de son village…

Freke tituba jusqu'à la lisière de la forêt. Il voulait fuir au plus vite cette puanteur de mort qui imprégnait jusqu'à son âme. Il quitta maladroitement son armure tout en marchant, son errance hallucinée le conduisant bien au-delà de ce qu'il n'avait jamais osé. Finalement, vidé de ses forces au-delà du possible, Freke s'effondra dans une flaque de lumière de lune qui filtrait entre les cimes du couvert.

 

 

De nouveau le chant des lames résonnait dans ses oreilles, il revit au ralenti la trajectoire fatale qui aurait dû faucher sa vie, puis le froissement délicat d'ailes grésilla et il se retrouva dans la clairière. Dans le rayon de lumière qui frappait la mare toute proche, un corbeau au plumage rougeoyant s'ébrouait, plongeait son bec dans l'eau, s'ébouriffait et se secouait de nouveau.

Freke se retint de rire et continua d'admirer l'oiseau qui semblait ignorer sa présence. a aurait pu être un bête oiseau, mais quelque chose chagrinait Freke. Peut-être était-ce dû à sa taille qui augmentait petit à petit, ou bien son plumage qui se lissait jusqu'à devenir de la peau… En quelques instants, un homme bien réel était toujours en train de se baigner. Il avait la peau de la couleur de certaines écorces, sombre et chaude. Ses cheveux courts et noirs s'ébouriffaient sans tenir compte de l'eau. De ses lèvres entrouvertes sur un sourire éclatant, un rire affreux résonna, brisant l'enchantement.

Freke pouffa discrètement, mais pas assez. Ça ressemblait tant à un croassement… Dans un éclaboussement, l'inconnu se retourna, surpris.

- Qui se moque ?

Maudissant son manque de discrétion, Freke sortit timidement de l'ombre et s'inclina respectueusement.

- Je suis Freke, fils de Sigurd du clan de la rivière blanche… Veuillez me pardonner.

L'ex-oiseau sembla pensif. D'une démarche un peu raide, il s'approcha. Ses yeux entièrement noirs fouillèrent le regard de Freke jusqu'à son âme. Frissonnant, Freke se demandait s'il ne ferait finalement pas mieux de prendre la fuite. On lui avait appris à combattre des humains, pas des créatures magiques. Il se demanda d'ailleurs s'il pourrait de nouveau combattre quoi que ce soit.

Il eut un instant de panique lorsque l'inconnu le saisit brusquement aux épaules. Il allait se débattre lorsque des lèvres dures se posèrent sur les siennes, l'électrisant. Le souffle brûlant se propagea dans tout son corps, réveillant des douleurs qu'il avait presque oubliées et éclairant son esprit. Contre sa poitrine, la chaleur du torse nu traversa ses vêtements.. Il se dégagea presque trop facilement.

- Mais qu'est-ce qu'il vous prend !?

L'inconnu fixait Freke d'une manière expectative, comme dans l'attente d'une autre réaction. Le fourmillement qu'il avait provoqué ne semblait pas vouloir s'arrêter de le parcourir. Sa vue se troubla et il sentit le contrôle de son corps lui échapper. Haletant, il s'agenouilla au sol pour se reprendre.

- Qu'est-ce que vous m'avez fait ?

- Je t'ai trouvé !

Il y avait une telle satisfaction dans sa voix que Freke claqua des mâchoires dans sa direction. Il sursauta au bruit des crocs acérés qui s'entrechoquèrent. Il était maintenant presque à demi loup…

- Tu ne te souviens pas de mon nom ?

Il y avait bien un mot qui cherchait à se frayer une place parmi ses souvenirs, mais sa gueule ne pouvait pas l'articuler. Il gémit lorsque deux mains chaudes et apaisantes vinrent se couler dans son cou. La transformation s'inversa et de nouveau, Freke se trouvait dans les bras de Munnin.

- Munnin !

Munnin resserra son étreinte en soupirant.

- Tu sais depuis combien de temps je te cherche ? Mais a-t-on idée d'être aussi vorace ? C'est ça qui a causé ta perte.

- Tu sais bien que ce sorcier m'a eu par surprise !

Freke découvrait petit à petit les souvenirs que Munnin lui avait rendus. Il avait été capturé par ce petit mage de campagne, attiré par l'odeur irrésistible de son filtre et emprisonné dans le corps mortel d'un nourrisson.

- Comment notre maître a t-il pu laisser faire ça ?

Munnin haussa des épaules tout en fourrant plus profondément son visage dans le cou de Freke, provoquant une avalanche de frissons tous plus agréables les uns que les autres.

- Ça a été tellement soudain, il n'y a pas pris garde les dix premières années. Je me demande aussi si ton frère Gere n'a pas aidé à cacher ton absence. Après tout il récupérait ta part de ce que Odin vous donne… Il doit te battre d'une courte tête en matière d'appétits.

Freke vacilla tandis que Munnin embrassait les parties les plus sensibles de son cou, remontait vers sa bouche en le picorant tendrement et finissait par un long baiser. Il laissa ses mains courir sur la peau lustrée du dos de Munnin. Il pouvait sentir la légère musculature frémir sous ses doigts.

- Et il m'éloignait de toi.

Il goûta la peau et la mordilla tandis que Munnin tentait de lui échapper en riant. Qu'il était bon de retrouver ses habitudes. Ils se furent d'un coup déséquilibré et ils tombèrent emmêlés sur la mousse accueillante. Munnin passa une main tendre dans les longues mèches cendrées, dessinant le visage nouveau de son aimé.

- Je dévorerai tout ce qui s'interposera entre nous désormais. Je commencerai par le sorcier de mon village.

- Tu n'as pas à t'en faire, notre maître s'en est chargé.

- Sachant qu'il ne fait jamais les choses à moitié, j'ai presque peur de te demander le détail…

Il a envoyé son âme en d'autres lieux, dans un autre temps… Il est devenu le servant d'une humaine… d'une yaoïste…

- Quelle est donc cette engeance ?

- Aucune idée, mais rien que le nom me fait frissonner, gageons qu'il souffre beaucoup. Et si tu te focalisais sur quelque chose de plus intéressant, moi par exemple ?

Munnin effleura les blessures qui tranchaient sur la peau claire. Il prodigua ses soins avec application, vérifiant chaque parcelle de chair et s'assurant que Freke n'avait d'attention que pour lui. Il admira ce que la vie de Freke avait fait de ce corps humain tout en l'aidant à libérer les énergies magiques que le sorcier avait emprisonnées en même temps que son âme. Se débarrassant du dernier morceau de tissu encombrant, Freke captura sa bouche et entreprit de réduire l'espace qui séparait leurs épidermes.

La même sensation brûlante que provoquait toujours le corbeau gagnait les zones de contact. Il se demanda si la chaleur pouvait fondre leurs deux corps en un seul. Il alla embrasser les deux boutons noirs si sensibles qui ornaient la poitrine de Munnin. Il savait que celui-ci allait les dérober à ses lèvres en se tournant, lui permettant d'attaquer sa nuque offerte. Le duvet de cheveux lui chatouilla le nez et il enserra étroitement le buste élancé, nouant ses jambes avec les siennes. Il se sentait maladroit, il craignait de le casser tout en retrouvant les gestes naturels de l'amour qu'ils se portaient. En thermes humains, leur séparation avait été très longue, presque une demi vie, mais qu'était-ce par rapport à leurs existences immortelles ?

Se collant au dos sombre, il respira l'odeur musquée qui s'en dégageait. Il caressa les fesses un peu pointues, frôlant l'entrée cachée. Il descendit doucement l'intérieur des cuisses, la peau était fine et soyeuse, plus délicate qu'en bon nombre d'endroits. Un gémissement d'impatience mit fin aux hésitations de Freke et il abandonna tout ce qu'il lui restait de raison.

Freke allait et venait en Munnin en oubliant tout autre chose que ce rythme lancinant qui menaçait de le mener à la folie. Le visage et le torse de Munnin avaient pris une teinte encore plus sombre sous le plaisir qui l'assaillait et ses soupirs se faisaient râles.

Freke voulait que cet instant ne prenne jamais fin, que Munnin veuille bien le garder en lui pour toujours, qu'il continue de se presser contre lui en accélérant encore une cadence infernale. Ils se retrouvèrent en même temps emportés par le plaisir, un voile d'étincelles brouilla un instant sa vision et le temps resta en suspens, comme pour exaucer son souhait. Embrassant le cou offert, Freke sentit le pouls emballé de son amant reprendre peu à peu un rythme humain.

- Merci d'être venu me chercher.

- Je t'en prie, tout le plaisir est pour moi. J'aime quand tu me dois une faveur. Je vais réfléchir un moment à un moyen de te faire payer ta dette…

- Tu as tout ton temps. Laisses moi t'aimer jusqu'au Ragnarok, et même ce jour là, il faudra discuter.

 


 

Dessinatrice : Lirulin

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