Death Note - Une peau d'une blancheur de craie

Série : Death Note

Couple : Near / Mello

Auteur : Sherryn 

Warning : K+. Spoilers. Death.

Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas, je ne me fais pas d'argent avec cette fic, etc etc etc

Résumé : Auprès du cadavre de Mello, Near se remémore quel genre de personnage il était...

 


 


Une peau d'une blancheur de craie


 

 

Une peau d’une blancheur de craie, comme une mer de lait paisible. Je ne l’avais jamais vu si calme, j’ai eu du mal à le reconnaître. La glace, ce devait être moi : avec mes cheveux cendrés, mon indifférence impassible qu’il trouvait si agaçante, j’étais tout désigné pour ce rôle. Lui, il devait être le feu. Il avait l’impétuosité d’un volcan, il en avait aussi le cœur chaleureux et la colère dévastatrice. Il aurait dû rester ce feu qu’il incarnait si bien, mais il ne se fâchera plus maintenant…

Tu voulais tellement être numéro un… Tu as gagné, maintenant, tu sais ? Tu es plus froid désormais que je ne le serai jamais…

...

Ses yeux, quand ils se posaient sur lui, étincelaient toujours d’une haine si forte qu’elle en devenait palpable. Au milieu de ses iris, ses pupilles étaient deux balles de revolver engoncées dans un ciel orageux et marbré d’éclairs. Sa bouche se tordait en un rictus risible, ses lèvres se déformaient et éructaient les pires insanités. Il en connaissait un rayon sur les gros mots, pas une seule fois il n’avait prononcé une parole convenable. Quand il criait, son poing se convulsait nerveusement dans les airs, les muscles crispés et les jointures blanchies. Parfois, il secouait la tête pour appuyer ses dires, et ses cheveux, telle la crinière d’un lion furieux, venaient balayer son menton imberbe.

...

Des lèvres satinées et immobiles. Des cils d’une finesse étonnante soulignent un visage curieusement angélique, aux paupières abaissées mimant un enfant endormi. Des mèches blondes strient un front lisse, brillant comme un clair de lune, et son cou, gracile, rejoint en une courbure parfaite une poitrine dissimulée par des vêtements en cuir noir. Une chaîne argentée les zèbre en traçant une ligne aux reflets acérés. A son extrémité repose une petite croix, comme on en voit sur les tombes.

Pas un souffle ne soulève ce torse calme… trop calme.

...

Un jour, il a déclaré qu’il voulait une moto. A l’époque, il s’habillait déjà comme un mort-vivant et il dévalisait les cuisines en cachette pour y piller les réserves de chocolat. Il y avait ceux qui le craignaient, il y avait ceux qui l’idolâtraient. Et puis il y avait celui qui faisait semblant de n’être affecté par rien de tout cela, se comportant comme si ça ne le concernait pas. Finalement, il a eu sa moto, personne sait comment, mais quelques jours plus tard elle rugissait en dérapant sur les pavés. Avec elle, il se permettait toutes les folies, il prenait tous les risques imaginables. C’est incroyable qu’il ait jamais eu un accident, mais il était comme ça. De guerre lasse, on a fini par lui payer un permis pour qu’au moins il se fasse pas ramener par les flics un beau jour, après une bêtise quelconque.

Il faut reconnaître qu’il avait la classe, quand il roulait à plein gaz en zigzaguant entre les voitures. On avait peur pour lui, mais tout le monde le regardait et l’admirait. Il l’adorait, sa moto. C’était son trésor.

...

Il n’a pas les mains d’un voyou. Il a les mains d’un musicien, longues et fines, avec des doigts délicats. Seuls ses ongles sont un peu rognés, parce qu’il les rongeait : il faisait toujours ça quand il était nerveux et qu’il n’avait pas de chocolat sous la main, parce qu’il pouvait pas attendre. Ses mains se sont détendues quand il est tombé, c’est à grand peine qu’on les a réunies sur son torse. Elles ont gardé une forme un peu plissée, comme s’il cherchait encore quelque chose à saisir. Eprouve-t-il encore le désir d’agir, de poursuivre son combat destructeur ? Ce ne serait pas étonnant, le connaissant…

Mais il ne parle pas. Il ne remue pas en cassant tout autour de lui. Il est incroyablement serein. Apprivoisé, enfin…

...

A force d’attendre, il fut trop tard. L mourut, et de dépit il partit en claquant la porte de l’orphelinat. Il était si impétueux, c’était un comportement à prévoir mais malgré tout, si seulement ça avait pu se passer autrement… On n’a plus entendu parler de lui par la suite. Quand il a réapparu, six ans plus tard, il avait fait son chemin, tracé sa route dans les machinations les plus sombres, tout ça à la force du poignet. Et tout ça pour son unique obsession : devenir numéro un. Pourquoi il tenait autant à cette rivalité était un mystère, mais c’était amusant de l’entretenir, parce que c’était le dernier fil qui les reliait encore et que pour cette raison, il fallait le chérir.

Kira l’avait aidé à le retrouver. Il avait repris cette enquête pour ça, et voilà le résultat…

...

Tranquille, enfin. Immobile, enfin. Près de moi, enfin. Mais d’une façon si différente de celle dont je rêvais…

Je n’ai jamais su m’exprimer comme toi, je n’ai jamais su expulser mes émotions comme toi. A présent, il est trop tard pour te dire à quel point ta chaleur me réchauffait. Ta présence était un soleil pour moi, tu illuminais ma vie et comme tant d’autres satellites, je gravitais autour de toi… même si tu ne t’en étais jamais aperçu.

Je voulais que tu me reviennes. Mais pas comme ça…

...

Il ne partirait plus maintenant, et pourtant il ne s’était jamais trouvé si loin de lui. Near appuya son menton contre son genou relevé et entremêla son index droit dans ses boucles argentées. De la main gauche, il caressait doucement la joue de Mello.

Ça n’avait pas été simple de retrouver et ramener son corps sans prendre aucun risque. Mais pour la première fois, il pouvait le toucher, il pouvait laisser ses doigts le parcourir en explorant sa peau laiteuse. Ce privilège auquel il n’avait jamais eu droit de son vivant, il en profitait désormais avec au cœur un pincement amer.

Dans l’autre pièce, une voix l’appela :

- Near ! On a du nouveau, il faut que tu viennes.

Il plissa les yeux. Ils étaient secs. Il n’avait jamais pleuré de sa vie, pas même à la mort de L. Mais sous son expression de glaciale indifférence, sa poitrine brûlait comme un brasier indomptable.

- Je te promets que rien de tout cela n’aura été vain, murmura-t-il.

Il se pencha pour effleurer de ses lèvres cette bouche anormalement silencieuse. Il eut l’impression d’embrasser un glaçon, une pierre frigorifiée de toute éternité. Il contempla une dernière fois ces traits qui ne tarderaient pas à se tarir pour revêtir le masque ratatiné de la mort.

- Je te le promets. Kira ne fera pas long feu.

Puis il se releva. Sans un regard en arrière, il s’éloigna et revint à l’amertume cruelle du monde. Il avait un criminel à arrêter.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site