Death Note - Si proche...

Série : Death Note

Couple : Mello / Near

Auteur : Sherryn 

Warning : Spoilers

Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas, je ne me fais pas d'argent avec cette fic, etc etc etc

Résumé : Mello est mort mais Near continue à penser à lui. Une nuit d'Ô-bon, une apparition inattendue se manifeste soudain.

 


 


Si proche...


 

 

Pourquoi est-ce que tu continues de penser à moi ?

La voix avait surgi dans sa tête avec sa sécheresse coutumière, son agressivité de toujours.

Exaspéré, il rejeta ses draps, déplia ses jambes, et marcha faiblement jusqu’à la salle de bain. L’aiguille du réveil hésitait entre minuit et minuit une. Un peu d’eau sur le visage, c’était le seul moyen de chasser ces cauchemars envahissants, pour un moment au moins. Même si cela l’obligeait à contempler dans la glace sa propre face de fantôme aux yeux cernés. Presque la même que celle de L. Et sans faire exprès. Quelle ironie.

Il avait cru, en se couchant ce soir, après avoir résolu pas moins de trois enquêtes en moins de vingt-quatre heures, parvenir enfin à trouver un sommeil paisible, ce sommeil qui le fuyait avec obstination depuis ce jour tragique, et qu’il avait pensé retrouver après sa victoire contre Kira, mais en vain…

Il avait cru que cette nuit les larmes le laisseraient en paix, que son cœur daignerait lui épargner cette souffrance, comme un coup de poignard continuellement porté, qui le poursuivait semaine après semaine, mois après mois…

Son visage impassible parvenait à donner le change quand il travaillait. On le comparait souvent à une statue qui s’abîmait dans ses pensées en manipulant des pièces de puzzles ou des fléchettes, ne s’éveillant que pour porter à son jeu le coup qui condamne définitivement sa proie.

On s’était habitué à cette réserve de sa part, à cette immobilité, à cette asocialité. Qui aurait imaginé qu’il souffrait ? Personne… Et ce n’était certainement pas lui qui ouvrirait les portes de sa faiblesse, sa seule, celle qui risque de le détruire s’il s’abandonnait au chagrin…

Pourquoi est-ce que tu continues de penser à moi ?

Vas-tu te taire !

Cette pensée flotta dans les airs et s’évanouit dans le silence. Qui lui aurait répondu ? Pas lui en tout cas, mais si au moins il pouvait cesser d’hanter ses rêves, et lui accorder ne serait-ce que le repos d’un sommeil paisible…

Ou peut-être était-il puni ? Était-ce son châtiment pour n’avoir su éviter sa mort ? Devrait-il, dans ce cas, l’expier jusqu’à la fin de ses jours ?

La faute, il est vrai, était conséquente… Il n’y songeait jamais sans regret, se flagellait pour ses sarcasmes de jeunesse, pour son mépris, car il n’avait su écouler ce sentiment d’une autre manière. Si une seconde chance pouvait se présenter, sans doute il modifierait son comportement. S’il en était capable… De cela, il était moins sûr, mais au moins, il ne vivrait pas avec une torture telle que la sienne en cet instant, celle de n’avoir pas même tenté sa chance, de ne jamais s’être montré sincère.

C’est parce que j’ai cru que rien ne pourrait venir à bout de toi. Je ne voyais que ta force, ton audace, ton assurance qui t’enveloppait d’une aura d’invincibilité.

Parce que tu semblais tellement me haïr, que j’ai crains de me consumer à ton contact, d’être détruit par ta chaleur.

Parce que notre relation, vraisemblablement, serait toujours celle de rivaux se disputant la première place, l’unique disponible. Parce qu’il n’y avait pas d’autre possibilité pour nous deux. Parce que mon souhait ne se serait pas réalisé.

Et parce que je croyais qu’aucun de nous ne tomberait jamais.

À cette pensée, un rictus lui vint aux lèvres.

« Je croyais qu’aucun de nous ne tomberait jamais. »

Mikami Teru aurait presque pu prononcer cette phrase.

L’annonce du décès du criminel, mort en prison, probablement suicidé, l’avait laissé indifférent. Ce type, avec ses idées dangereuses, avait longtemps été le bras droit de Kira, son homme de confiance, et il avait accompli pour lui un grand nombre de meurtres. Avec son aide, le plan de celui qu’il considérait comme un dieu aurait pu fonctionner jusqu’à la fin. Aurait pu. Si, justement, sa fidélité incommensurable ne l’avait pas poussé à faire un faux pas.

C’étaient ses croyances, déformées par les tourments traversés dans son enfance, qui l’avaient poussé à devenir un criminel.

Near, lui, rendait la justice. Ils n’étaient pas du tout comparables. Sauf sur ce point.

Car lui-même, son enfance avait-elle était normale ? Certes pas. Et pouvait-il considérer son admiration pour L, l’éducation reçue à la Whammy’s House, son obsession pour Mello, comme les préoccupations d’un homme ordinaire ? Pas davantage.

Mais à quoi bon se creuser la tête ? Il ne savait plus qui il était, mais qu’importe, car bien suffisamment de gens, dans son entourage, le savaient pour lui. Ou croyaient le savoir, mais quant à la vérité…

Je n’arrive pas à t’oublier. Voilà la vérité, celle qui compte. Celle que je ne peux nier.

C’est pour ça ? C’est pour ça que tu continues ?

Hochement de tête.

Tu as tout compris. Même si c’est trop tard.

Pause.

Je deviens fou. Je m’imagine des dialogues et je me réponds.

Vas-tu enfin me regarder ? Même s’il est trop tard !

Near émergea des abysses dans lesquelles il se noyait. Il consentit à relever la tête, à cette demande insistante, et remarqua enfin, dans le miroir, un reflet inhabituel. Il se retourna d’un bloc.

Mello…

Mello se tenait devant lui en souriant tristement. À travers son corps, les rayons de la pleine lune filtraient par les interstices du volet fermé. Il flottait une dizaine de centimètres au-dessus du sol tout en posant sur lui un regard dur. Un regard qui exigeait la vérité.

Ils avaient passé leur vie à se mentir. Il ne fallait pas continuer, quand finalement la mort les avait séparés.

Pourquoi es-tu ici ?

Je ne devrais pas ?

Je n’ai pas dit cela. Mais… tu n’appartiens plus à ce monde. Tu ne devrais pas rôder autour des vivants. D’ailleurs, comment le peux-tu ? A moins que… Non !

Pupilles dilatées.

Tu… tu ne serais quand même pas devenu un shinigami ?

Au bref éclat acéré dans les iris de l’autre, il comprit qu’il avait blessé son interlocuteur.

Bien sûr que non ! Me crois-tu si stupide ? Ce… n’est pas aussi simple… mais d’un certain côté, ça l’est davantage

Je ne comprends rien à ce que tu racontes. Mais si tu n’es pas un shinigami, tant mieux.

Near, sais-tu quel jour nous sommes ?

Le jour ? Il réfléchit en fronçant les sourcils. Le 12… Non, le 13 juillet. Et alors ? Devant sa perplexité, son visiteur inattendu poussa un soupir.

Toi alors… Tu vis vraiment en dehors du monde. Le 13 juillet, jusqu’au 15, c’est le temps que je peux passer avec toi. Même s’il est trop tard pour en profiter comme nous l’aurions pu jadis, mais c’est mieux que rien.

Le 13 juillet… Oh !

Ça y est, tu te souviens ? Le 13 juillet, c’est O-bon. Et cela dure trois jours.

Un maigre sourire commença faiblement d’éclairer son visage si longtemps resté taciturne.

Tu ne vas pas me demander de danser, j’espère ?

Éclat de rire. Avec toujours cette pointe de moquerie, sauf que cette fois, elle n’avait rien de cynique.

Oh non ! Tu en serais bien incapable, même si tu le voulais. Non, assieds-toi comme tu en as l’habitude, et consacre-moi la période à venir.

Je dirai à mes enquêteurs que je prends trois jours de repos.

C’est bien. Ils ne t’en voudront pas. De toute façon, tu ne prends pas assez de vacances.

D’un commun accord, ils retournèrent dans la chambre de Near, mais ce dernier ne se recoucha pas. Il s’assit, une jambe repliée sous le menton, et regarda son ancien rival qui faisait semblant de prendre place près de lui.

Il trouvait cette rencontre étrange. Était-elle réelle ou l’imaginait-il ? Peu importait. Il avait besoin de se soulager du poids de tous ces secrets que jamais il n’aurait dû dissimuler, afin de ne pas baigner dans les regrets tout le restant de sa vie.

Pas de cris. Pas de colère. Pas de peur. Pas de surprise. Pas de désespoir ni d’exubérance.

Une rencontre calme, de deux personnes qui ne s’étaient pas vues depuis fort longtemps, voire ne s’étaient pas découvertes, et s’étonnaient à peine de se trouver réunies alors que tout les séparait, jusqu’à la mort, et qu’elles n’avaient jamais pu par le passé se trouver dans la même pièce sans se jeter des regards haineux. Mais après avoir rencontré Ryûk et Kira, et touché et brûlé le Death Note, comment Near aurait-il pu ne pas y croire ?

Même si c’était trop beau. Même si c’était faux. Même si c’était éphémère…

Le visage de Mello, jamais ne vieillirait. Toujours, il conserverait les traits de ses vingt ans, et la cicatrice sauvage qui lui parcourait le torse en débordant sur son front. Ce visage, il s’en rappelait de chaque détail, et les garderait éternellement en mémoire.

Il enroula une mèche de cheveux blancs autour de ses doigts. Par où commencer ? Comment rattraper vingt années d’authenticité ?

Près de lui, le disparu le contemplait d’un air amusé.

Tu as déjà répondu à la question que je tenais à te poser et pour laquelle je suis revenu, mais j’aimerais maintenant savoir une autre chose.

Quoi donc ?

Tu as éveillé ma curiosité tout à l’heure. Quel était ce souhait que tu aurais voulu voir réalisé ?

Near se mordit les lèvres. Il était pris au piège. Cette fois, il était obligé de lui dire…

« Aishiteru, Mello. »

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