Chris Verhoest

 Interview

 

Bonjour Christelle, et merci d'avoir accepté de répondre à cette interview ! Tout d'abord, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis une personne assez sensible et timide, sans doute. J'aime les animaux, la mer et les livres, les livres, les livres ! Je m'évade grâce à eux, ils nourrissent mon imaginaire.

Depuis combien de temps aimes-tu le boys love, et comment as-tu découvert ce genre ?
J'ai connu le boys love à une époque où ça ne s'appelait pas comme ça. C'était le début d'Animeland, on avait plein de dessins animés à la télé... et rien à côté. J'écrivais déjà des histoires d'amours masculines. J'ai découvert qu'il y avait des mangas sur le sujet. Par exemple, je me commandais en VO japonaise des fanzines sur les relations entre les personnages de Saint Seiya, ou bien le manga Zetsuaï, ou les classiques de Keiko Takemiya.

Quelles sont pour toi les qualités essentielles d'un roman boys love ?
Il faut que ça nous fasse vibrer. Il faut créer quelque chose de suffisamment original pour transporter le lecteur. Comme pour toute autre histoire, finalement.

Lis-tu également des manga yaoi ? Si oui, quels sont tes préférés, et si non, pourquoi ?
Oui, je lis des manga yaoi. J'aime beaucoup le réalisme poignant de Kano Miyamoto, Ike Reibun pour son trait. Côté mangas préférés, je dirais Cut de Toko Kawai, Yellow , Only love et Back to love.

Tu es une auteur prolifique ! Combien de temps par jour ou par semaine passes-tu à écrire ?
J'essaie de m'astreindre à une discipline rigoureuse, c'est à dire, une fois le synopsis élaboré, à un chapitre quotidien. J'y passe facilement huit à dix heures par jour.

Quand t'es venu le virus de l'écriture, et quel fut ton premier roman terminé ?
J'ai toujours aimé écrire. Les rédactions au collège étaient mon moment préféré du cours de français. Mon premier roman terminé, je dirais que c'était la première version de ce qui est actuellement L'heure des fées et Fés des tempêtes. J'avais dix-huit ans.

Pourrais-tu nous présenter en bref ta manière de travailler, de la conception à la publication ?
Je ne pars jamais comme ça dans une histoire. Je prévois d'abord tout sur fiches, à partir de l'idée que j'ai eue. J'y développe mes personnages, leur monde, et leur quête. J'écris sur papier, un chapitre par jour, que je recopie ensuite sur Word. J'ai besoin d'avoir un contact avec le papier pour écrire le premier jet. Une fois le roman fini, je le relis. Je le donne aussi à relire, car un auteur n'a aucun recul sur ce qu'il fait, à mon avis. C'est la chasse aux répétitions, etc. Et mon bébé n'est plus à moi, soit il va chez l'éditeur, qui va à nouveau traquer ce qui ne va pas, soit il va chez mes collaborateurs, pour relecture, à nouveau, mise en page, création des fichiers pour les diffusions numériques et papier, etc. Ce n'est déjà plus mon domaine.

Combien de temps en moyenne consacres-tu à chaque étape ? (écriture, correction,...)
L'écriture c'est environ deux mois pour un livre, la correction c'est plus rapide, moins d'une semaine.

Peux-tu nous parler de ton expérience à la Yaoi Yuri Con, lorsque tu as tenu ton stand à la seconde édition ?
C'était vraiment grandiose. J'ai fait la connaissance d'autres auteurs, de la directrice d'Event Yaoi et, pour la première fois, j'ai vu des lecteurs. C'était génial, de voir leur réaction quand Saeko leur faisait une dédicace, de parler avec eux, d'écouter ce qu'ils ressentaient. Beaucoup d'émotion.

As-tu des influences particulières ?
J'aime le côté tourmenté de certaines oeuvres ou personnages, comme Heathcliff des Hauts de Hurlevent, ou les vampires d'Anne Rice pour le côté sensuel. Sinon, j'aime les films de science-fiction ou d'action. Ça m'influence aussi, je pense.

En plus d'être auteur, tu es également une lectrice régulière. Comment parviens-tu à concilier les deux, en plus de ta vie privée et de ton travail ?
J'ai fait le choix de me consacrer uniquement à l'écriture depuis un an. Mon travail d'avant ne me permettait pas de m'épanouir, et je ne voyais pas suffisamment ma famille. C'est aussi un choix financier, mais je me sens plus équilibrée. Je me consacre à ce qui est moi : écrire. Je lis chaque jour, aussi, même si je suis fatiguée. Pour faire de bonnes choses avec les mots, je pense qu'il faut se nourrir de mots.

Que penses-tu du numérique, en tant que support de lecture et de publication ?
J'adore le papier, l'objet livre, mais j'ai découvert la liseuse, puis la tablette, et j'aime beaucoup. Quand on voyage, on peut emmener plein de livres sans se poser de questions sur ceux qu'on va devoir laisser. Ça s'emporte partout, c'est léger, et les prix des e-books sont très abordables. Côté publication, ça permet d'être lu partout dans le monde, sans restriction. Mais je ne veux pas que le livre papier disparaisse. Il y a un rapport très intime aux pages d'un livre qu'on tourne.

Quels sont tes auteurs et tes livres préférés, dans l'absolu, et spécifiquement dans le boys love ?
J'aime des auteurs gays comme Armistead Maupin, ou Yves Navarre, qui fut la révélation de mon adolescence. Eric Jourdan, aussi. Actuellement, je lis pas mal d'auteurs M/M. J'aime beaucoup Amy Lane et H.V. Gavriel (c'est une française ! ).

Es-tu satisfaite de l'offre littéraire actuelle de romans M/M en français ? Quel avenir imagines-tu à ce marché ?
L'offre actuelle est déjà pas mal, mais il faudrait qu'elle s'étoffe encore plus pour être bien présente, surtout en librairie, ce qui n'est hélas pas encore le cas. L'avenir, je le souhaite prospère, je ne veux pas que le genre soit confidentiel. Je pense que certains amateurs de romances en ont assez de voir toujours les mêmes schémas. En plus, un couple d'hommes va devoir surmonter des obstacles que ne connaissent pas les couples hétéros. Le genre M/M peut trouver une place ici, même s'il ne détrônera évidemment pas Musso ou Lévy dans l'esprit des gens, c'est clair.

Quels souvenirs gardes-tu de tes collaborations respectives avec les éditions Ada, Valentina, Textes Gais et la collection xArrow ?
Ada était ma première expérience, à l'étranger de surcroît, et c'était la première fois que je tenais entre mes mains l'un de mes livres. C'est inoubliable. Je ne retiens rien de particulier au sujet de Valentina. Leur rythme de parution ne me convenait pas, comme je suis assez "prolifique". xArrow était chouette car la collection existait pour montrer que nous étions là, nous auteurs d'histoires entre garçons, et nous conservions en même temps une grande liberté. C'est triste qu'elle ait disparu. Chez Textes Gais, j'ai la chance d'avoir un éditeur qui m'apprend plein de "petits trucs".

Dans quelles circonstances t'es-tu retrouvée à travailler avec les éditions Bragelonne, et as-tu dû retravailler ton récit en vue de la réédition de ta série ?
J'ai tout simplement envoyé ma saga, et on l'a retenue. Je suis passée par toutes les étapes de sélection classique d'un manuscrit. J'ai beaucoup retravaillé, oui, et d'une façon aussi sympathique que professionnelle. J'ai rencontré mon éditrice dans les locaux de Bragelonne, et tout est carré, clair, dans une ambiance très rassurante pour moi. J'ai changé des mots, et ça éclairait différemment une phrase, par exemple. J'ai modifié des dialogues, j'ai rallongé des scènes ou j'en ai créées, il y a des explications supplémentaires.

Pourquoi as-tu souhaité passer à l'auto-édition, et quels avantages et désavantages y trouves-tu par rapport à l'édition traditionnelle ?
Comme je l'ai dit plus haut, je suis assez prolifique, et dans un genre particulier pour les gens. Je voulais expérimenter une sorte de liberté, je pense, en publiant à mon rythme, et ce que je voulais. Voilà les avantages. Le désavantage, c'est qu'on ne peut pas être autant lu que si l'on est dans une maison traditionnelle. Une bonne maison traditionnelle apprend plein de choses aux auteurs, aussi.

Parlons un peu des éditions Alexan, pourquoi avoir souhaité créé une société et quelle est l'histoire de sa naissance ?
J'ai obtenu un numéro d'éditeur, comme tout auteur auto-édité, et je me suis entourée de proches vraiment pros dans leurs domaines respectifs. Saeko est dessinatrice professionnelle, j'ai des proches qui ont des compétences en outils informatiques. On voulait mettre au point de l'édition de qualité au niveau des couvertures, de la présentation, et de la diffusion.

Comment as-tu rencontré Saeko Doyle, et de quelle manière collaborez-vous ? Par exemple, imaginez-vous ensemble l'aspect général d'une couverture, ou laisses-tu toute liberté à ta collaboratrice ?
Saeko est une amie de longue date. L'amour des chiens nous a rapprochées, au départ. On appartenait à un groupe autour du Cavalier King Charles. Et puis on s'est rendu compte qu'on avait bien d'autres points communs, dont la passion pour le manga. Saeko "sent" mes histoires et moi je me sens très proche de son trait, tout en finesse. Elle est très intuitive, comme si elle lisait dans mon esprit. On parle ensemble de l'aspect général des choses, et après, je laisse sa créativité se déployer.

Pourquoi avoir changé ton appellation d'auteur de Christelle en Chris Verhoest ?
C'était un nouveau départ, pour Alexan éditions. Je trouvais ça plus court et plus sympa que mon prénom entier. Chris, ça convient bien à ce que je suis, à mon âme gay dans un corps féminin, c'est mixte.

As-tu un dernier mot pour nos lecteurs ?
Pour ceux qui connaissent et aiment mes histoires, merci, c'est vous qui faites vivre les romans. Pour ceux qui voudraient découvrir, j'espère qu'ils auront autant de plaisir que j'ai eu à écrire. Ne croyez pas les rumeurs. Si vous voulez savoir quelque chose, demandez directement à l'auteur.

Merci pour tes réponses et bonne chance pour tes projets futurs !

Interview réalisée en Janvier 2014


 

Retrouvez Chris Verhoest :

- sur Le monde du Boys Love 

- sur son site perso

 

Date de dernière mise à jour : 14/02/2014

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